Laisser l’amour de Dieu devenir un geste visible

Comment vivre la charité au quotidien ?

La charité chrétienne ne commence pas lorsque nous accomplissons quelque chose d’extraordinaire. Elle commence lorsque l’amour reçu de Dieu transforme notre manière d’écouter, de parler, de servir, de donner, de pardonner et de regarder celui que nous aurions préféré ne pas voir.

Lecture : environ 24 minutesDoctrine catholique et gestes concrets

La réponse essentielle

Recevez une personne comme quelqu’un que Dieu aime, puis cherchez son bien réel

Pour vivre la charité aujourd’hui, arrêtez-vous devant une personne concrète : celle qui partage votre maison, vous interrompt, vous sert, vous fatigue ou passe inaperçue. Écoutez-la sans préparer votre réponse. Demandez-vous ensuite : « Quel bien puis-je servir maintenant, avec vérité et sans l’humilier ? »

Ce bien peut être une parole, une visite, un repas, un pardon, une limite, une compétence offerte ou un don. La charité n’est pas d’abord l’intensité de ce que l’on ressent : elle est l’amour de Dieu accueilli et choisi dans un acte juste.

La plus grande des vertus théologales

La charité est davantage qu’une émotion généreuse

Le Catéchisme définit la charité comme la vertu théologale par laquelle nous aimons Dieu par-dessus tout pour lui-même et notre prochain comme nous-mêmes par amour de Dieu. Elle est dite théologale parce qu’elle a Dieu pour origine, motif et terme. Elle n’est donc pas seulement un perfectionnement moral produit par notre volonté : elle est une grâce reçue, à laquelle notre liberté consent et coopère.

Dans le langage courant, le mot « charité » est parfois réduit à l’aumône ou à une compassion condescendante. Dans la foi chrétienne, il désigne l’amour même qui vient de Dieu et nous rend capables de chercher le bien de l’autre. Le don matériel en est une expression importante, mais la patience, la fidélité, la vérité, le pardon, la justice et le service lui appartiennent aussi.

Saint Paul va jusqu’à dire que les plus grands charismes, la connaissance, une foi capable de transporter les montagnes et même la distribution de tous ses biens ne servent à rien sans la charité. Un geste spectaculaire peut donc manquer son but s’il nourrit l’orgueil, instrumentalise le pauvre ou remplace la présence par la mise en scène.

La charité ne consiste pas seulement à donner quelque chose. Elle consiste à reconnaître quelqu’un, à vouloir son bien et à se rendre présent dans le don.

Elle ne se confond pas non plus avec le fait d’être agréable à tout le monde. L’amour « trouve sa joie dans ce qui est vrai ». Il sait dire non à une demande injuste, défendre une victime, corriger un comportement et dénoncer un abus. La manière doit rester respectueuse ; la vérité, elle, ne peut être sacrifiée à une paix apparente.

Un amour d’abord reçu

Nous n’aimons pas pour acheter l’amour de Dieu

Le christianisme ne commence pas par l’ordre impossible de fabriquer assez d’amour. Il commence par une rencontre : Dieu nous a aimés le premier et s’est donné en Jésus-Christ. La charité est notre réponse à cette initiative. Nous ne servons pas pour devenir dignes d’être aimés, mais parce que nous découvrons que nous le sommes.

Cette source change la manière de donner. Si le service devient la preuve que nous sommes meilleurs, nous finissons par mesurer, comparer et attendre la reconnaissance. Si nous recevons l’autre comme un frère aimé du même Père, nous pouvons servir sans posséder et accepter que le fruit ne nous appartienne pas.

Benoît XVI explique dans Deus caritas est que l’amour de Dieu et l’amour du prochain sont inséparables. La disponibilité envers le prochain rend sensible à l’action de Dieu, et la rencontre de Dieu ouvre les yeux sur le prochain. Une piété qui néglige l’homme se dessèche ; un activisme qui oublie sa source risque de devenir froid, idéologique ou épuisant.

Avant l’action, prenez donc un instant pour recevoir : « Seigneur, montre-moi comment tu regardes cette personne. Donne-moi de servir son bien et non mon image. » Cette prière ne retarde pas l’aide urgente. Elle purifie l’intention et rappelle que nous ne sommes pas le sauveur de celui que nous aidons.

Se rendre proche

Le bon Samaritain ne demande pas d’abord si le blessé appartient à son camp

Dans la parabole de Luc 10, un homme gît au bord de la route. Le prêtre et le lévite voient et passent. Le Samaritain, étranger et méprisé, voit, est saisi de compassion, s’approche, soigne, transporte, paie et prévoit un suivi. La charité y engage le regard, le cœur, le corps, les biens, le temps et la responsabilité.

Jésus déplace la question « Qui est mon prochain ? » vers une autre : « Lequel s’est montré le prochain ? » Le prochain n’est pas seulement celui qui nous ressemble ou entre naturellement dans notre cercle. Je deviens prochain lorsque je réduis la distance qui me permettait de ne pas répondre.

Il voit

La charité commence par l’attention. Elle remarque le visage, le silence inhabituel, le besoin caché derrière une demande maladroite.

Il s’approche

La compassion ne reste pas un sentiment. Elle accepte une proximité adaptée et respectueuse.

Il agit

Il utilise ce qu’il possède : huile, vin, monture, temps et argent. L’amour devient une réponse concrète.

Il organise la suite

Il confie le blessé à l’aubergiste et promet de revenir. La bonne volonté devient continuité et coopération.

Le Samaritain ne fait pourtant pas tout seul et pour toujours. Il conduit vers un lieu capable de prendre le relais. Cette précision est essentielle : transmettre à un médecin, une association, un service social ou une personne compétente peut être un acte de charité plus juste que de vouloir tout porter soi-même.

L’amour prend corps dans l’ordinaire

Six visages de la charité quotidienne

La charité chrétienne touche les besoins matériels et spirituels. Elle regarde la personne entière et choisit la forme de présence dont elle a réellement besoin.

Attention

Voir celui que la vitesse, l’habitude, la pauvreté, l’âge ou le handicap rendent invisible.

Service

Accomplir le bien nécessaire, même discret, sans attendre qu’il rapporte reconnaissance ou prestige.

Parole

Encourager, enseigner, consoler et dire la vérité sans humilier ni se servir de la confidence reçue.

Partage

Mettre en commun argent, temps, biens, réseau et compétence selon une mesure responsable.

Justice

Agir sur les causes qui blessent, respecter les droits et ne pas remplacer par l’aumône ce qui est dû.

Intercession

Porter devant Dieu ceux que nous ne pouvons rejoindre ou dont nous ne savons pas soulager l’épreuve.

Commencer là où l’on vit

Dix gestes simples qui peuvent devenir une règle de vie

N’en choisissez pas dix. Choisissez celui qui répond aujourd’hui à une personne réelle, puis accomplissez-le sans bruit et jusqu’au bout.

Écouter sans récupérer la parole

Offrez dix minutes sans téléphone, conseil prématuré ni récit concurrent. Demandez : « Qu’est-ce qui serait le plus aidant pour toi ? »

Remercier une personne invisible

Nommez précisément le bien reçu d’un agent d’entretien, d’un soignant, d’un collègue, d’un bénévole ou d’un proche.

Visiter ou appeler celui qui s’isole

Ne dites pas seulement « si tu as besoin, appelle ». Proposez un jour, une heure et un geste concret.

Partager une ressource utile

Donnez une somme, un repas, un vêtement adapté, un trajet, une compétence ou un contact fiable selon le besoin réel.

Réparer une parole

Reconnaissez ce que vous avez dit, son effet et ce que vous changerez. Une excuse précise est une œuvre de charité.

Refuser la médisance

N’ajoutez rien à une conversation qui abîme un absent. Rectifiez un fait faux ou changez de sujet sans vous donner en spectacle.

Rendre ce qui est dû

Payer à temps, respecter un engagement, créditer le travail d’autrui et restituer un bien relèvent de la justice que la charité accomplit.

Servir avec une association compétente

Un engagement régulier transforme l’émotion passagère en fidélité et vous apprend à aider selon les besoins réels.

Prier pour une personne difficile

Demandez à Dieu son bien, votre propre conversion et la limite juste. Ne priez pas pour obtenir sa domination ou votre revanche.

Faire une œuvre cachée

Posez un geste que vous ne publierez pas et dont vous n’attendrez pas le récit. Le secret libère l’amour du besoin d’être vu.

Servir la personne dans son corps et son âme

Les œuvres de miséricorde donnent une grammaire à la charité

La tradition catholique transmet quatorze œuvres de miséricorde. Elles ne sont pas une liste pour se féliciter, mais une école du regard. Les sept œuvres corporelles répondent aux besoins concrets : nourrir les affamés, donner à boire, vêtir, accueillir, visiter les malades et les prisonniers, ensevelir les morts.

Les sept œuvres spirituelles concernent aussi un bien réel : conseiller celui qui doute, enseigner celui qui ignore, avertir avec charité, consoler l’affligé, pardonner les offenses, supporter patiemment les personnes importunes et prier pour les vivants et les morts.

ŒuvreUne forme quotidienne possibleUn point de vigilance
Nourrir et donner à boirePartager un repas, soutenir une banque alimentaire, vérifier qu’un voisin âgé mange correctement.Respecter les besoins, la santé et la dignité ; ne pas donner seulement ce dont on veut se débarrasser.
AccueillirOrienter un nouvel arrivant, ouvrir une place à table, aider une personne déplacée avec une structure compétente.Concilier hospitalité, sécurité et responsabilités familiales.
VisiterAppeler un malade, écrire à un détenu via un organisme, offrir un relais à un aidant.Demander l’accord, respecter la fatigue et la confidentialité.
Conseiller et enseignerTransmettre une compétence, expliquer la foi, aider à une démarche administrative.Vérifier sa compétence et ne pas imposer un conseil non demandé.
ConsolerRester, écouter, apporter un repas, se souvenir d’une date de deuil.Ne pas effacer la douleur par des phrases religieuses rapides.
PardonnerRenoncer à la vengeance, chercher la vérité et remettre progressivement la dette intérieure.Le pardon n’abolit ni protection, ni réparation, ni justice.
PrierTenir une liste d’intercession et demander des nouvelles pour ajuster aussi l’aide concrète.Ne pas utiliser la prière pour éviter l’action possible.

Matthieu 25 donne à ces gestes une profondeur vertigineuse : le Christ s’identifie à celui qui a faim, soif, qui est étranger, nu, malade ou prisonnier. Le pauvre n’est pas un accessoire de notre sanctification. Il est une personne, et le Seigneur se laisse mystérieusement rencontrer en lui.

Aimer ceux dont on connaît les défauts

La charité commence souvent dans les répétitions de la maison

Il est parfois plus facile de se montrer patient lors d’une action exceptionnelle que devant la même question, le même désordre ou la même fatigue. La famille révèle l’écart entre l’amour imaginé et l’amour réel. Elle demande des services sans public, une parole retenue, la répartition juste des charges et le pardon recommencé.

La charité familiale ne signifie pas qu’une seule personne doit tout absorber. Répartir les tâches, demander de l’aide, protéger le sommeil, poser une limite et reconnaître le travail invisible servent le bien commun. L’épuisement d’un membre ne doit pas devenir le fonctionnement normal de tous les autres.

  • Regarder et saluer avant de regarder l’écran.
  • Demander plutôt que présumer ce que l’autre peut porter.
  • Accomplir une tâche récurrente sans attendre qu’elle soit réclamée.
  • Ne pas corriger un proche devant un public pour gagner le procès.
  • Donner une attention personnelle aux enfants, aux personnes âgées et aux aidants.
  • Instituer un moment de gratitude et une possibilité réelle de parler.

Aimer un proche dépendant, malade ou désorienté peut demander des relais professionnels. Accepter un accueil de jour, une aide à domicile ou un répit n’est pas abandonner. C’est parfois protéger la relation contre l’épuisement qui la détruit.

Le prochain a aussi un contrat, un salaire et une dignité

Au travail, la charité commence par la justice

Être charitable au travail ne se réduit pas à être sympathique. Il faut respecter la parole donnée, rémunérer justement, protéger la santé, reconnaître la contribution, transmettre l’information utile et exercer l’autorité comme un service. Offrir un cadeau ne compense pas une injustice structurelle.

Pour un responsable, la charité peut consister à donner un retour clair plutôt qu’à laisser quelqu’un échouer en silence. Elle exclut l’humiliation, le favoritisme et l’exploitation de la disponibilité. Pour un collaborateur, elle demande loyauté, travail honnête, refus de la médisance et courage d’alerter sur un danger.

La correction professionnelle doit porter sur des faits, des responsabilités et des conséquences, non sur la valeur de la personne. « Ce dossier n’a pas été remis à la date convenue et cela bloque l’équipe » ouvre une voie de résolution. « Tu es incapable » enferme l’autre dans une condamnation.

La charité s’étend aussi au client, au fournisseur, au concurrent, au demandeur d’emploi et à celui que l’organisation ne voit pas. Elle interroge l’effet des décisions sur les plus fragiles, pas seulement leur efficacité immédiate.

Une communion qui devient hospitalité

Dans l’Église, le service n’autorise ni clan ni appropriation

Une communauté charitable remarque celui qui entre seul, accueille l’enfant bruyant, rend les lieux accessibles, accompagne le deuil, protège les personnes vulnérables et donne une place réelle aux pauvres. Elle ne transforme pas l’ancienneté, la connaissance ou un ministère en territoire personnel.

Le bénévole a besoin d’être formé, soutenu et relayé. L’appel au don de soi ne justifie pas la confusion des rôles, l’épuisement ou l’absence de procédures. La protection des mineurs et des adultes vulnérables appartient à la charité parce que celle-ci cherche leur bien concret.

La correction fraternelle se fait directement, avec des faits et une intention droite. Les infractions, abus et mises en danger doivent toutefois être signalés aux autorités compétentes : ils ne se traitent pas comme une simple tension communautaire. La réputation d’une institution ne passe jamais avant la protection d’une personne.

Enfin, la paroisse n’est pas seulement un lieu où recevoir des services religieux. Chacun peut demander : qui est absent depuis plusieurs semaines ? quelle famille vient d’accueillir un enfant ? quel malade a besoin d’un transport ? quelle personne nouvelle ne connaît personne ?

Un don qui respecte la liberté

Aider sans humilier, posséder ni entretenir le mal

Avant de donner, écoutez. Une personne sait souvent mieux que vous ce qui lui manque. Demandez son accord, proposez des options et préservez autant que possible sa capacité de décision. Une photographie, un témoignage ou une publication exige un consentement libre ; la gratitude du bénéficiaire ne vous donne pas un droit sur son histoire.

L’aide la plus visible n’est pas toujours la plus juste. Donner de l’argent peut être approprié, mais aussi exposer à un danger selon la situation. Offrir un repas, payer directement une dépense, accompagner vers un service ou soutenir une association spécialisée peut mieux répondre. Le discernement ne doit pas devenir le prétexte pour ne jamais donner.

Évitez aussi de créer une dépendance affective. Une personne aidée n’a pas à adopter vos opinions, rejoindre votre groupe ou vous accorder une place particulière. L’évangélisation respecte la liberté : le témoignage chrétien ne profite pas de la vulnérabilité pour obtenir une adhésion.

Après le geste, vérifiez le fruit sans contrôler la personne. « Est-ce que cela vous a aidé ? Faut-il autre chose ou quelqu’un de plus compétent ? » Cette question accepte que votre première réponse ait pu être imparfaite.

Avant un don important : quel est le besoin réel ? la personne consent-elle ? suis-je compétent ? existe-t-il un risque ? qui assurera le suivi ? le geste respecte-t-il la justice et la dignité ?

Aimer n’est pas tout permettre

La vérité et les limites protègent la charité de la complicité

Saint Paul affirme que l’amour ne se réjouit pas de l’injustice, mais trouve sa joie dans la vérité. Une charité sans vérité devient sentimentalisme. Une vérité sans charité devient une arme. Le disciple cherche à dire ce qui doit l’être d’une manière orientée vers le bien, au bon moment et à la bonne personne.

Poser une limite peut servir deux personnes : « Je peux t’aider à chercher un soin, mais je ne te donnerai pas d’argent pour cette consommation » ; « Je veux parler, mais je quitterai la pièce si tu m’insultes » ; « Je garderai cette confidence, sauf si une personne est en danger. »

La charité n’oblige jamais à rester exposé à la violence, à l’emprise ou à l’abus. Chercher la sécurité, signaler les faits, demander justice et interrompre un contact peuvent être nécessaires. Pardonner signifie renoncer à la vengeance ; cela ne signifie pas supprimer les conséquences ni reprendre une relation dangereuse.

La correction fraternelle commence par l’examen de sa propre intention. Est-ce que je veux le bien de l’autre, protéger un tiers ou simplement décharger mon irritation ? Elle nomme un fait et ouvre une possibilité de réponse. Si une autorité ou la loi doit intervenir, il faut lui transmettre les faits sans maquiller la gravité au nom d’une fausse unité.

Soulager aujourd’hui, transformer ce qui blesse demain

La charité dépasse l’aumône sans jamais mépriser l’urgence

Donner un repas à celui qui a faim est nécessaire. Se demander pourquoi tant de personnes ont faim l’est aussi. La charité répond à la personne présente et pousse à examiner les règles, pratiques et structures qui produisent ou aggravent la pauvreté.

Caritas in veritate rappelle que l’amour concerne les relations proches, mais aussi la vie sociale, économique et politique. Le vote, la consommation, l’investissement, l’entreprise, l’association et la défense des droits peuvent devenir des lieux de charité lorsqu’ils cherchent authentiquement le bien commun.

La justice rend à chacun ce qui lui est dû. La charité va plus loin en donnant de soi, mais elle ne peut remplacer la justice. On ne peut appeler « générosité » le paiement tardif d’un salaire dû, ni attendre de la victime qu’elle pardonne pour éviter une réparation.

Agissez à deux niveaux : une réponse immédiate et un engagement durable. Soutenir un fonds d’urgence et participer à une action sur le logement ; visiter une personne isolée et améliorer l’accessibilité d’un quartier ; aider un collègue et corriger une organisation injuste.

Le lieu où l’amour dépasse la réciprocité

Aimer son ennemi ne signifie pas nier le mal qu’il commet

Jésus demande de prier pour ceux qui persécutent. Cet amour ne repose pas sur la sympathie. Il refuse de désirer la destruction de l’autre, reconnaît qu’il reste une créature de Dieu et demande sa conversion. Il libère peu à peu le cœur de la vengeance qui le rend captif.

On peut aimer un ennemi à distance. Prier pour lui, ne pas mentir sur lui, refuser de l’humilier et souhaiter qu’il revienne au bien n’exigent ni confiance automatique ni reprise du lien. La justice peut poser une sanction précisément pour protéger, réparer et appeler à la responsabilité.

Commencez par ne pas nourrir intérieurement sa caricature. Distinguez la personne de ses actes sans minimiser ceux-ci. Remettez le jugement ultime à Dieu, puis demandez : « Quelle action juste m’appartient aujourd’hui ? » Parfois ce sera le silence, parfois une parole, une procédure, une distance ou une intercession.

Aimer l’ennemi, ce n’est pas appeler le mal bien. C’est refuser que le mal décide à son tour de ce que notre cœur deviendra.

Le prochain existe aussi derrière l’écran

Écrire comme si la personne était devant nous

Le numérique rend facile une dureté que l’on n’oserait pas en présence. La charité demande de vérifier avant de partager, de ne pas exposer une faiblesse, de ne pas recruter une foule contre quelqu’un et de distinguer une erreur d’une personne entière.

  • Lire l’article avant de partager son titre.
  • Vérifier la source, la date et le contexte d’une citation.
  • Demander l’autorisation avant de publier une photo ou une confidence.
  • Corriger en privé ce qui peut l’être et publiquement ce qui a publiquement trompé.
  • Ne pas répondre sous le coup de la colère ou de la fatigue.
  • Signaler les contenus abusifs sans participer au harcèlement de leur auteur.
  • Donner aussi en ligne de l’attention à celui qui appelle réellement à l’aide.

La charité numérique n’interdit pas le débat vigoureux. Elle interdit le mensonge, la calomnie, la déshumanisation et la recherche de l’humiliation. Avant de publier, demandez : est-ce vrai ? nécessaire ? adressé à la bonne personne ? formulé pour éclairer ou pour blesser ?

Le partage d’un contenu catholique peut être une œuvre d’évangélisation, mais l’envoi massif et insistant respecte rarement la liberté. Une recommandation personnelle, accompagnée d’une présence réelle, porte souvent davantage de fruit.

Recevoir le Christ pour devenir son Corps donné

Une Eucharistie qui ne devient pas amour concret reste tronquée dans notre vie

Dans l’Eucharistie, le Christ ne donne pas une idée de l’amour : il se donne lui-même. La communion nous unit à lui et, en lui, à tous les membres de son Corps. Benoît XVI souligne qu’on ne peut avoir le Christ pour soi seul. Le sacrement nous tire hors de l’isolement et nous envoie vers le frère.

La messe forme ainsi une école de charité. Nous recevons la Parole, présentons les dons, échangeons la paix, communions au sacrifice du Christ et sommes envoyés. Le « Allez dans la paix du Christ » ouvre le culte sur les maisons, les rues, les malades, les pauvres, les lieux de travail et les conflits.

Avant de communier, demandons qui nous refusons de voir. Après la messe, choisissons un acte qui prolonge ce que nous avons reçu. La visite, l’appel, la réparation ou le partage ne sont pas un supplément facultatif ajouté à la liturgie : ils en manifestent le fruit.

L’adoration affine aussi le regard. Dans le silence devant le Christ caché sous les apparences du pain, nous apprenons à reconnaître sa présence cachée sous la fatigue, la pauvreté ou la maladresse d’un visage humain.

Une pratique dominicale : avant la messe, confier une personne ; pendant l’offertoire, remettre une résistance à aimer ; après la communion, demander un geste précis ; avant la fin du jour, l’accomplir ou le planifier.

Une semaine pour entraîner le regard et les mains

Sept jours pour passer de l’émotion à la fidélité

  1. Jour 1 — Recevoir : relire 1 Jean 4 et remercier Dieu pour une manière concrète dont vous avez été aimé.
  2. Jour 2 — Voir : identifier une personne habituellement invisible et lui offrir une attention véritable.
  3. Jour 3 — Écouter : donner dix minutes sans écran, interruption ni conseil non demandé.
  4. Jour 4 — Partager : offrir une ressource utile selon vos moyens et le besoin réel.
  5. Jour 5 — Réparer : présenter une excuse précise ou rendre ce qui est dû.
  6. Jour 6 — Servir : contacter une association, un voisin ou une personne isolée avec une proposition concrète.
  7. Jour 7 — Communier et envoyer : porter une personne à la messe, puis poser un acte qui prolonge l’Eucharistie.

À la fin de la semaine, ne comptez pas seulement les gestes. Demandez quel regard a changé, quelle relation demande une suite et quel service pourrait devenir régulier. La charité grandit par les actes, mais elle cherche une conversion durable du cœur.

Questions fréquentes

Aimer avec générosité et discernement

Quelle différence entre charité et gentillesse ?

La gentillesse est une belle disposition relationnelle. La charité est la vertu théologale par laquelle nous aimons Dieu par-dessus tout et le prochain par amour de Dieu. Elle peut demander douceur et accueil, mais aussi vérité, courage, justice, correction fraternelle et protection du faible.

Faut-il donner à toute personne qui demande ?

Il faut accueillir toute personne avec dignité, mais pas nécessairement répondre à toute demande de la manière formulée. Une aide juste cherche le bien réel, respecte la liberté, évite d’entretenir une dépendance ou un danger et peut passer par une association compétente.

Comment aimer quelqu’un qui me fait du mal ?

Aimer ne signifie pas s’exposer au mal. On peut vouloir le bien de l’autre, refuser la vengeance et prier pour lui tout en posant une distance, en signalant les faits et en recherchant justice et sécurité. La réconciliation suppose vérité, liberté et changement réel.

La charité commence-t-elle vraiment à la maison ?

Oui, car les proches sont souvent ceux qui reçoivent notre fatigue et nos impatiences. Mais la charité ne s’arrête pas au cercle familier : le Christ nous conduit aussi vers l’étranger, la personne isolée, le pauvre et même l’ennemi.

Puis-je pratiquer la charité si je manque d’argent ?

Oui. Le temps, l’écoute, la compétence, l’hospitalité, l’intercession, le pardon, la visite, l’encouragement et le service sont de véritables dons. La charité se mesure moins au prix du geste qu’à l’amour, à la justesse et au bien qu’il sert.

Comment aider sans s’épuiser ?

Discernement, limites, coopération et repos sont nécessaires. Vous n’êtes pas appelé à répondre seul à tous les besoins. Une charité durable accepte de transmettre à plus compétent, de dire non à une demande injuste et de préserver les responsabilités qui lui sont réellement confiées.

Pour approfondir

Sources bibliques et magistérielles

Une prière pour devenir prochain

Seigneur Jésus, apprends-moi à aimer comme tu m’as aimé

Ouvre mes yeux sur celui que je ne vois plus. Délivre mon service de l’orgueil, ma parole de la dureté et ma prudence de l’indifférence. Donne-moi une charité patiente, concrète, vraie et juste : des mains qui servent, une intelligence qui discerne, un cœur qui pardonne et le courage de protéger le faible. Que l’Eucharistie reçue devienne en moi présence, partage et fidélité. Fais de ma vie, dans les plus petites choses, un passage de ton amour. Amen.