Une première conversion
Qui évitez-vous de regarder comme un frère ?
François a commencé à changer lorsqu’il s’est approché de celui qui l’effrayait et le repoussait. Nommez devant Jésus la personne, la pauvreté ou la blessure que vous préférez tenir à distance. Demandez la grâce d’un premier geste juste, sans romantiser la misère ni nier vos limites.
Persévérer sans contraindre Dieu
Pourquoi une neuvaine dure-t-elle neuf jours ?
La neuvaine rappelle les jours de prière vécus par les disciples avec Marie entre l’Ascension et la Pentecôte. Ils demeurent ensemble dans l’attente de l’Esprit promis. Les neuf jours ne constituent donc pas une technique destinée à obtenir mécaniquement une faveur : ils forment le désir, éprouvent la fidélité et rendent le cœur disponible à la réponse de Dieu.
Avec saint François, cette durée devient un chemin de conversion évangélique. Nous pouvons apporter une intention précise, mais le Seigneur peut déplacer notre regard : de la possession vers le don, de la peur vers la fraternité, du conflit vers la paix, d’une religion confortable vers une rencontre plus nue avec Jésus.
Seigneur Jésus, ne me donne pas seulement ce que je demande : rends-moi disponible à ce que ton Évangile veut transformer en moi.
D’un rêve de chevalerie à la joie de l’Évangile
Qui était saint François d’Assise ?
François naît à Assise à la fin de 1181 ou au début de 1182. Fils de Pietro di Bernardone, riche marchand de draps, et de Dame Pica, il grandit dans l’aisance. Sa jeunesse est vive, généreuse et attirée par les fêtes, la renommée et l’idéal chevaleresque. La guerre entre Assise et Pérouse conduit toutefois le jeune homme à la captivité. La maladie et l’épreuve commencent à fissurer ses rêves de gloire.
Une nouvelle tentative de carrière militaire s’interrompt lorsqu’une interrogation intérieure le renvoie vers le Maître plutôt que vers ses serviteurs. De retour à Assise, François cherche la solitude, prie dans les églises et se rapproche des lépreux. Sa conversion n’est pas un événement instantané : le Christ rééduque progressivement son désir et son regard.
Dans la petite église de Saint-Damien, il reçoit devant le crucifix l’appel à réparer la maison du Seigneur. Il restaure d’abord matériellement plusieurs chapelles. Puis, en entendant l’Évangile de l’envoi en mission, il comprend que sa forme de vie sera de suivre Jésus pauvre, de prêcher la pénitence et d’annoncer la paix. Des frères le rejoignent. Innocent III approuve oralement leur première forme de vie en 1209.
François inspire aussi sainte Claire et les Pauvres Dames, puis une voie évangélique pour les laïcs. Il se rend en Orient durant la cinquième croisade et rencontre le sultan al-Malik al-Kamil. En 1224, au mont Alverne, il reçoit les stigmates. Malade et presque aveugle, il compose le Cantique des créatures. Il meurt à la Portioncule dans la soirée du 3 octobre 1226 et Grégoire IX le canonise en 1228.
1181–1182
Naissance à Assise dans une famille de marchands
1202
Guerre, captivité à Pérouse et commencement d’une crise intérieure
Vers 1205
Rencontre du lépreux et appel du crucifix de Saint-Damien
1209
Première approbation de la fraternité par Innocent III
1219
Rencontre du sultan al-Malik al-Kamil en Égypte
1224
Réception des stigmates au mont Alverne
1226–1228
Mort à la Portioncule puis canonisation
Quand l’amertume devient douceur
Pourquoi la rencontre du lépreux est-elle décisive ?
Dans son Testament, François reconnaît qu’à l’époque de sa vie mondaine la vue des lépreux lui était insupportable. Le Seigneur le conduit pourtant au milieu d’eux. La tradition retient notamment le geste d’un baiser donné à un lépreux. L’essentiel n’est pas l’héroïsme d’un instant, mais le renversement qu’il décrit : ce qui était amer devient douceur pour l’âme et le corps.
François ne découvre pas une idée généreuse ; il rencontre le Christ dans une personne rejetée. Sa conversion passe par le corps réel de l’autre, sa vulnérabilité et son besoin de soin. Pour nous, servir les pauvres ne signifie ni les idéaliser ni les utiliser pour se sentir vertueux. Il s’agit d’écouter, d’apprendre leur nom, de soutenir les œuvres compétentes et de combattre ce qui blesse leur dignité.
Un critère de conversion
La prière devient franciscaine lorsqu’elle réduit une distance réelle : envers une personne pauvre, malade, isolée, étrangère ou méprisée. Le geste doit rester prudent, respectueux et adapté, mais il doit finir par exister.
Réparer en commençant par se laisser convertir
Que signifie l’appel « François, répare mon Église » ?
Priant devant le crucifix de Saint-Damien, François entend un appel à réparer la maison qui tombe en ruines. Il commence par prendre les mots au sens concret et restaure des chapelles. Peu à peu, sa mission apparaît plus vaste : l’Église est réparée lorsque l’Évangile redevient une vie, que les pauvres sont reconnus, que les frères se réconcilient et que la sainteté remplace la dénonciation stérile.
François ne répare pas l’Église en se plaçant hors d’elle. Il demande confirmation au pape, respecte les prêtres à cause de l’Eucharistie qu’ils célèbrent et veut demeurer catholique. Cette fidélité n’est pas passivité : sa pauvreté et sa prédication sont une contestation vivante des compromis. Mais la réforme commence par sa propre conversion et s’accomplit par l’humilité, l’unité, la prière et la charité.
Réparer l’Église ne consiste pas d’abord à commenter ses fissures, mais à laisser le Christ faire de notre vie une pierre évangélique.
Suivre Jésus sans rien posséder de lui
La pauvreté franciscaine glorifie-t-elle la misère ?
Non. La misère qui prive une personne de nourriture, de soins, d’un toit ou de liberté doit être combattue. François choisit une pauvreté évangélique afin de suivre le Christ pauvre, d’être libre pour la mission et de rejoindre ceux que l’ordre social abandonne. Il renonce à faire des biens une sécurité absolue ou un instrument de pouvoir.
Cette pauvreté implique le travail, la confiance, le partage et la gratitude. Elle ne rend pas irresponsable envers une famille ni indifférent aux besoins prévisibles. Pour un laïc, l’esprit franciscain peut prendre la forme d’un budget plus juste, d’une consommation sobre, du refus du gaspillage, d’un don régulier et d’une attention à la provenance des biens.
Le Seigneur lui donna des frères
Pourquoi François parle-t-il de Frères Mineurs ?
François ne se présente pas comme l’entrepreneur d’un projet personnel. Dans son Testament, il affirme que le Seigneur lui donna des frères. La fraternité est donc reçue avant d’être organisée. Le mot « mineurs » indique une place choisie : ne pas dominer, ne pas s’emparer d’une fonction et préférer le service à la puissance.
Cette minorité n’abolit ni les responsabilités ni l’autorité. Elle les configure au Christ qui lave les pieds de ses disciples. La fraternité franciscaine accueille des tempéraments, des origines et des missions différents. Elle exige la vérité, le pardon, la patience et une obéissance qui ne devient jamais complicité avec le mal.
Recevoir Jésus dans ses paroles et son Corps
Quelle place occupent l’Évangile et l’Eucharistie ?
François veut vivre l’Évangile « sans glose », non pour refuser toute intelligence théologique, mais pour empêcher que les commentaires neutralisent l’appel de Jésus. Il écoute les paroles de l’envoi missionnaire et les reçoit comme une forme de vie. La Parole doit descendre dans les vêtements, l’argent, les relations, la manière de voyager et de servir.
Sa vénération de l’Eucharistie est tout aussi forte. Il contemple l’humilité de Dieu qui se rend présent sous les apparences du pain. Son respect envers les prêtres est lié à ce mystère, même lorsqu’il voit leurs limites. La pauvreté franciscaine n’est donc pas une simple éthique sociale : elle naît de Jésus qui se donne et conduit à l’adoration, à la communion et au service.
Rencontrer sans renier le Christ
Que nous enseigne la rencontre avec le sultan ?
En 1219, pendant la cinquième croisade, François traverse les lignes et rencontre en Égypte le sultan al-Malik al-Kamil. Les sources diffèrent sur certains détails, mais attestent la rencontre et l’accueil reçu. François ne part ni avec une armée ni avec le mépris de l’autre. Il porte sa foi au Christ et accepte la vulnérabilité du dialogue.
Cet épisode ne doit être utilisé ni pour effacer les convictions religieuses ni pour justifier la violence missionnaire. Il révèle une voie chrétienne : témoigner avec clarté, écouter avec respect et refuser que l’adversaire soit réduit à une caricature. La paix franciscaine naît de la vérité vécue dans l’humilité et peut commencer au milieu même d’un conflit.
Une réconciliation juste peut exiger une parole ferme, une protection, une médiation ou une distance. Pardonner ne signifie jamais exposer une victime à une nouvelle violence.
Tout vient du Très-Haut
Pourquoi François appelle-t-il le soleil et l’eau frère et sœur ?
Dans le Cantique des créatures, composé alors qu’il est malade et presque aveugle, François loue Dieu avec le soleil, la lune, le vent, l’eau, le feu et la terre. Il ne divinise pas la nature. Les créatures sont fraternelles parce qu’elles viennent du même Créateur et qu’elles orientent la louange vers lui.
Ce regard fonde une écologie chrétienne intégrale. Dégrader la terre blesse souvent d’abord les pauvres. Protéger la création suppose donc gratitude, sobriété, justice et responsabilité. Saint Jean-Paul II a proclamé François patron des écologistes en 1979. Son patronage ne remplace pas la science : il donne une profondeur spirituelle aux décisions concrètes éclairées par elle.
Frère Soleil
La lumière reçue renvoie à la splendeur du Créateur
Sœur Eau
L’humble nécessité de protéger un don vital et partagé
Sœur notre mère Terre
La fécondité confiée à notre soin plutôt qu’à notre prédation
Sœur Mort
La fin terrestre traversée dans l’espérance pascale
Porter dans son corps l’amour du Crucifié
Que signifient les stigmates de saint François ?
En septembre 1224, pendant une retraite de jeûne et de prière au mont Alverne, François vit une expérience mystique liée au Christ crucifié. Les marques de la Passion apparaissent dans son corps. Les témoignages anciens et la tradition ecclésiale ont reconnu cet événement comme un signe singulier de sa conformité à Jésus.
Les stigmates ne couronnent pas une recherche de phénomènes. François a contemplé, servi et imité le Christ pendant des années. Le signe visible manifeste une réalité intérieure : l’amour a imprimé la forme du Crucifié dans toute sa personne. La vocation chrétienne ne consiste pas à désirer des blessures extraordinaires, mais à laisser la charité du Christ marquer nos choix, nos mains et notre manière de porter les souffrances.
Dépasser l’image sentimentale
Comment recevoir les récits du loup, des oiseaux et des miracles ?
La mémoire populaire retient la prédication aux oiseaux, le loup de Gubbio, la crèche de Greccio et de nombreux miracles. Certaines scènes sont solidement enracinées dans les premières sources, d’autres nous sont parvenues par des recueils hagiographiques plus tardifs. Leur genre littéraire et leur degré d’attestation doivent être respectés.
Ces récits ne doivent ni être méprisés automatiquement ni présentés comme des comptes rendus modernes. Ils expriment le rayonnement d’une vie pacifiée en Christ. Mais limiter François aux animaux serait oublier le lépreux, l’Eucharistie, la pénitence, l’obéissance ecclésiale, la mission et la Croix. Sa douceur est exigeante parce qu’elle vient de l’Évangile.
- François n’enseigne pas à adorer la nature, mais à louer son Créateur.
- Sa pauvreté ne justifie jamais de maintenir autrui dans la misère.
- Sa paix ne gomme ni la vérité, ni la justice, ni la protection des victimes.
- Les phrases qui lui sont attribuées sur internet doivent être vérifiées.
- Les grâces reçues conduisent aux sacrements, à la conversion et au service.
Passer de l’admiration à l’imitation
Quels fruits demander pendant cette neuvaine ?
- une rencontre plus personnelle avec le Christ pauvre et crucifié ;
- la conversion d’un rapport désordonné à l’argent ou au prestige ;
- le courage de s’approcher d’une personne marginalisée ;
- la réparation d’une relation, d’une communauté ou d’un service blessé ;
- une vocation vécue dans la simplicité et la joie ;
- la paix dans une famille, une paroisse ou un peuple ;
- un regard responsable sur les animaux et toute la création ;
- la fidélité à l’Église sans complaisance envers ses péchés ;
- la grâce de louer Dieu au milieu de la maladie et de l’épreuve.
Choisissez une intention principale et associez-lui un geste. François ne sépare jamais longtemps la prière de la marche, de la rencontre, du partage ou de la prédication. La grâce demandée cherche un passage vers la vie.